« L’objectif était de transformer l’énergie négative de la destruction en énergie positive de création », explique Stanislav Drokin, un designer ukrainien qui transforme des éclats d’obus en bijoux précieux à son domicile, dans la ville de Kharkiv, sur la zone de front ukrainienne.

Alors que le monde marque la Journée internationale pour la sensibilisation au problème des mines, célébrée chaque année le 4 avril, les équipes de déminage poursuivent leur tâche minutieuse de neutralisation et d’élimination sécurisée des armes non explosées sur les champs de bataille. Dans le même temps, des artistes comme M. Drokin donnent une seconde vie à ces fragments de guerre en les intégrant dans des bijoux, des ornements et des sculptures.

Des tranchées aux parures

Les designers ne manquent pas de matière première.

Des dizaines de millions de ces armes mortelles jonchent encore les anciennes zones de guerre, longtemps après la fin des conflits.

Le Laos et l’Ukraine comptent parmi les pays où la concentration d’engins non explosés est la plus élevée au monde. Au Laos, seule 1 % des quelque 80 millions de bombes à sous-munitions — aujourd’hui interdites — larguées pendant la guerre du Vietnam il y a plus d’un demi-siècle ont été neutralisées et retirées.

Les engins non explosés continuent de tuer à travers le monde, malgré les progrès lents mais significatifs du déminage, selon le le Service de la lutte antimines des Nations Unies (UNMAS), qui mène des opérations de déminage partout dans le monde, de l’Ukraine en passant par Gaza.

À Kharkiv, le loft où réside M. Drokin fait également office d’atelier. Artiste de renom et professeur d’université, il raconte la guerre à travers les fragments de shrapnels que lui apportent ses amis et collègues, mais également des bénévoles et militaires, depuis le début de la guerre totale menée par la Russie contre l’Ukraine, en février 2022.

« Au tout début de la guerre, mon atelier de création est devenu un entrepôt temporaire pour les volontaires de l’hôpital militaire de Kharkiv », confie-t-il.

© UNDP Ukraine/Kseniia Nevenche

Un panneau en Ukraine met en garde contre la présence de mines terrestres.

Symboles de l’Ukraine en guerre

Alors que sa ville, en première ligne du conflit, subissait des bombardements incessants, M. Drokin souhaitait aider à sa manière ses compatriotes. 

Il s’est attelé dès mai 2022 à ses premières collections, dont le projet Forget-me-not (Ne m’oublie pas), une série de sculptures réalisées à partir de fragments d’obus et de fleurs en titane stylisées. L’une d’elles s’est vendue à plus de 14.000 dollars chez Sotheby’s à Genève, l’intégralité des fonds ayant été reversée à Superhumans, un centre de la ville de Lviv, à l’ouest de l’Ukraine, qui soigne les adultes et enfants mutilés par la guerre.

Puis est venue la collection Revival, née de la collaboration de M. Drokin avec Elizabeth Suda, fondatrice d’Article 22, une start-up new-yorkaise spécialisée dans la création de bijoux issus de restes de bombes et engagée dans le soutien au déminage des territoires contaminés par la guerre.

« Chaque pièce de la collection est un symbole destiné à préserver la mémoire des tragédies, des destructions et de la peine que les guerres infligent à l’humanité », explique M. Drokin.

© Courtesy of Stanislav Drokin

Le designer Stanislav Drokin est interviewé par la presse locale à Kharkiv, en Ukraine.

« Chaque pièce raconte une histoire »

À la Pen and Brush Gallery, dans le quartier branché de Flatiron à New York, Kendall Silwonuk installe une boutique éphémère mettant en avant une sélection de colliers de M. Drokin et d’autres bijoux d’Article 22.

« Chaque pièce raconte une histoire », souligne Mme Silwonuk.

Saisissant un lourd bloc de bois, elle détaille le processus de fabrication : les artisans laotiens collectent les douilles en aluminium issues des opérations de déminage, les fondent, puis versent la substance en fusion dans des moules en bois massif. Une fois refroidie, la matière prend la forme d’un bracelet.

Selon elle, Article 22 soutient des initiatives qui aident les communautés locales à reconstruire leur vie, notamment via la Legacy of War Foundation, une organisation fondée par le photojournaliste Giles Duley. Ce dernier, amputé trois fois après l’explosion d’un engin artisanal en Afghanistan en 2011, est le premier défenseur mondial des Nations unies pour les personnes handicapées en temps de conflit et de consolidation de la paix.

Kendall Silwonuk dans une boutique éphémère d’Article 22 à New York, montrant une gamme de bijoux fabriqués à partir de restes de guerre.

Un commerce éthique

Au Laos, Elizabeth Suda avait découvert au début des années 2000 des artisans fabriquant des cuillères à partir de bombes à sous-munitions. Résolue à faire connaître leur savoir-faire au monde, elle a fondé Article 22.

Le nom de l’entreprise fait référence à l’Article 22 de la Déclaration universelle des droits humains, qui stipule que « toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale ; elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité ».

« C’est un problème humanitaire auquel le public peut participer : d’abord en étant informé, puis en soutenant les organisations qui œuvrent au déminage et les entreprises engagées dans cette cause à travers un commerce conscient », insiste Mme Suda.

Pour les artisans laotiens, cette collaboration a permis non seulement d’accroître leurs revenus, mais aussi de libérer des terres minées désormais reconverties en rizières.

UNDP Lao PDR/Tock Soulasen Phomm

Travailleur local sur l’un des sites de riziculture du projet.

Allier chaos et harmonie

De retour à Kharkiv, M. Drokin esquisse de nouveaux modèles, intégrant des pierres précieuses et des diamants aux fragments façonnés par la « folle énergie de l’explosion ».

Ses créations séduisent un public varié : présidents, bénévoles, journalistes, maires, médecins, philanthropes et militaires. Certaines pièces ont intégré des collections prestigieuses, du Musée national de l’histoire de l’Ukraine à l’aile Est de la Maison-Blanche à Washington.

« J’aime combiner harmonie et chaos, utiliser l’émotion des couleurs et de leurs associations, mettre en valeur les formes créées par l’homme et par la nature », confie-t-il. « En tant que professeur, je veux transmettre aux étudiants un savoir, une expérience, mais aussi un sens des responsabilités, d’harmonie et de paix. »

Son œuvre préférée ?

« Ce sera la dernière pièce que je créerai après la guerre, lorsque la paix tant attendue et juste sera revenue, que les gens cesseront de mourir et que les terres d’Ukraine seront enfin débarrassées des mines, des missiles et des obus non explosés », déclare-t-il.

Recycler les vestiges de guerre à travers le monde

Alors que les artisans du Laos et d’Ukraine poursuivent leur travail, le recyclage des restes de guerre en bijoux artistiques prend de l’ampleur dans d’autres régions du monde.

  • En Colombie, bien avant la fin du conflit armé, des designers transformaient déjà des douilles en bijoux, une tradition qui perdure aujourd’hui.

    Deux démineurs travaillent à la décontamination des terres à Bunia, en République démocratique du Congo.

  • Au Cambodge, des associations récupèrent et transforment des éclats de bombes en laiton, vestiges d’un demi-siècle de guerre, en parures symbolisant la paix.

  • En République démocratique du Congo, des montres et alliances sont façonnées à partir de douilles de balles et de fusils AK-47.

  • En Israël et en Palestine, des bombes et roquettes tombées du ciel sont changées en mezouzahs, statues, colliers et amulettes, témoins d’une mémoire douloureuse et d’un espoir de paix.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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